Projet

Pratiques des grandes organisations au Québec en regard de la coordination du retour au travail

Chercheurs principaux : Marie-José Durand, Marie-France Coutu

CAPRIT – IRSST

Chaque année, de nombreux travailleurs s’absentent du travail en raison de problèmes de santé. Pour certains, ces absences se prolongeront de manière importante, en raison de difficultés à réintégrer le travail. Ces situations d’incapacité au travail génèrent des coûts humains et financiers importants. Or, plusieurs études ont démontré que les incapacités prolongées et les coûts qui leur sont associés peuvent être significativement réduits par la présence de coordonnateurs de retour au travail (CoRAT), c’est-à-dire de professionnels ayant pour mandat de faciliter le retour au travail (RAT) en assurant, notamment, la coordination et la collaboration de l’ensemble des autres acteurs impliqués dans le processus (gestionnaire ou supérieur immédiat, représentant syndical, professionnels de la santé, assureur, etc.). Au moment d’entreprendre cette étude, l’ampleur et la forme que prenaient les pratiques des personnes impliquées dans la coordination du RAT au Québec demeuraient toutefois largement méconnues

Cette étude réalisée par l’équipe du CAPRIT, en collaboration avec l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité au travail (IRSST), visait précisément à décrire ces pratiques au sein de grandes organisations (500 employés et plus) publiques et privées québécoises. À cette fin, l’équipe composée de Marie-José Durand, Marie-France Coutu, Iuliana Nastasia et Michael Bernier a organisé son travail autour de trois (3) objectifs spécifiques : 1) décrire les personnes impliquées dans la coordination du RAT et les organisations pour lesquelles elles travaillent; 2) décrire les tâches et activités réalisées par ces personnes, établir les qualités et aptitudes qu’elles doivent posséder à cette fin et identifier les acteurs avec lesquelles elles sont appelées à collaborer; et enfin 3) explorer les leviers et les obstacles à l’accomplissement de leurs tâches et activités, de même que ceux associés au RAT. L’ensemble des données requises à cet effet a été obtenu à l’aide d’un sondage en ligne comportant plusieurs questions relatives à chacun de ces objectifs, auquel 195 personnes assumant le rôle de CoRAT au sein d’organisations admissibles ont répondu. Ces données ont fait l’objet d’analyses bivariées et multivariées à l’aide du logiciel PASW.

Qui sont les CoRAT québécois et que font-ils?

Le CoRAT québécois type est une femme, âgée de 35 à 54 ans, titulaire d’un diplôme universitaire et travaillant activement dans cette sphère depuis près de 13 ans. Ces professionnelles réalisent des tâches variées appartenant à quatre (4) grands champs de compétences, qui incluent notamment la préparation des conditions de RAT d’un salarié avec d’autres acteurs du milieu, la mise en œuvre des mesures nécessaires pour s’assurer du respect des lois et règlements en vigueur ou le développement des pratiques de prévention. Afin d’exercer ces fonctions, il leur apparait essentiel de disposer d’un large éventail de qualités et aptitudes sociales (avoir du tact, offrir une bonne écoute, gagner la confiance des travailleurs, être positifs, empathiques, flexibles , etc.) leur permettant d’établir des relations interpersonnelles de qualité.

Les analyses de régression montrent cependant que l’intensité de ces pratiques pourrait varier selon le domaine de formation des CoRAT. Ainsi, notamment, les pratiques adoptées par les personnes ayant une formation en santé ou en sécurité au travail paraissent basées sur une vision plus globale du travailleur que celles mises en œuvre par les répondants provenant d’autres champs disciplinaires (ressources humaines, relations industrielles ou administration, par exemple). En outre, les résultats révèlent que les CoRAT sont appelés à collaborer régulièrement avec le travailleur absent et son supérieur ou gestionnaire immédiat, mais moins fréquemment avec le conseiller en ressources humaines, les professionnels de la santé et les collègues du travailleur absent. Elles rapportent aussi éprouver beaucoup plus de difficulté à gérer les troubles de santé mentale que ceux musculosquelettiques (TMS). Plusieurs leviers et obstacles au retour au travail identifiés par les CORAT semblent par ailleurs associés aux attitudes et aux dispositions du gestionnaire ainsi qu’aux contacts entre ce dernier et le salarié.

La majorité des CoRAT pratique au sein d’organisations privées (57,9%), œuvrant dans divers secteurs d’activités (soins de santé et assistance sociale, fabrication, enseignement, etc.). Environ la moitié de ces organisations fait appel à une firme externe dans la cadre de la gestion de l’invalidité. Les absences au sein de ces organisations se situent rarement au-dessus d’un taux de 10% et semblent presque également attribuables à des troubles musculosquelettiques et de santé mentale. L’environnement de travail et les conditions d’exercice des fonctions prévalant au sein de ces organisations sont, dans l’ensemble, perçus favorablement par les CoRAT. 

Rapport complet IRSST

Publication dans « Prévention au travail »

Chercheur