Projet

Troubles musculosquelettiques - Revue réaliste sur les bases théoriques des programmes de réadaptation incluant le milieu de travail

Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité au travail (IRSST)

Les troubles musculosquelettiques (TMS) sont l’une des principales causes d’incapacité au travail. L’efficacité de plusieurs programmes de réadaptation au travail, c’est-à-dire leur capacité à favoriser le retour au travail (RAT) à la suite de telles incapacités, a été largement démontrée au cours des dernières décennies. Cependant, la complexité de ces programmes, de même que les contraintes imposées par les divers contextes sociaux, culturels et légaux dans lesquels ils sont implantés, permettent difficilement l’identification des composantes spécifiques qui sont réputées efficaces et, ainsi, entravent leur importation et leur mise en œuvre concrète dans d’autres contextes. Il existe donc un besoin réel de mieux comprendre ce qui fonctionne dans ces programmes, pour qui, dans quels contextes, pourquoi et comment. 

La revue réaliste de la littérature réalisée par Marie-José Durand, Chantal Sylvain, Dominique Tremblay, Marie-Christine Richard et Michael Bernier du CR-CSIS, en collaboration avec Jean-Baptiste Fassier (Université Claude Bernard Lyon 1), William S. Shaw (University of Connecticut), Johannes R. Anema (Academic Medical Centre, Amsterdam) et Patrick Loisel (University of Toronto), visait précisément à répondre à ce besoin. Elle devait ainsi permettre de répondre à trois objectifs spécifiques : 1) expliquer quels sont les éléments de contexte et les composantes de ces programmes qui fonctionnent, pour qui et dans quelles circonstances; 2) définir les théories sous-jacentes aux programmes de réadaptation au travail; et 3) proposer des recommandations pragmatiques pouvant être utilisées par les différents acteurs impliqués dans les programmes de réadaptation de travail. 

Ces travaux se sont ancrés dans l’approche réaliste proposée par Pawson, suggérant que tout programme s’actualise à travers trois (3) dimensions principales, soit 1) le contexte (C), ou les conditions dans lesquelles les programmes sont mis en place; 2) les mécanismes (M), ou ce qui fait en sorte qu’un programme parvient à atteindre ses résultats; et enfin 3) les résultats (O, pour outcomes), ou les effets prévus et imprévus d’un programme, résultant de l’interaction de différents mécanismes dans différents contextes. Les articles pertinents ont été identifiés à l’aide de recherches combinant différents mots-clés au sein de bases de données pertinentes (Cochrane Work, Trials  Register, CENTRAL, MEDLINE, Embase et PsycINFO).

Les programmes de réadaptation pour les travailleurs ayant un TMS : ce qui fonctionne, pour qui, dans quels contextes, pourquoi et comment

La littérature retenue aux fins de cette étude consistait initialement en huit (8) études originales, prenant la forme d’essais randomisés inclus dans une revue systématique (van Oostrom et coll. 2009) et dans sa mise à jour récente (van Vilsteren et coll. 2015). Seize (16) articles donnant des informations complémentaires sur les études originales ont également été consultées. L’ensemble de ces articles (n=24) a été analysé en profondeur par quatre experts, de manière à générer, dans un premier temps, diverses configurations C-M-O (n=50) susceptibles d’expliquer les effets des programmes étudiés par ces articles puis, dans un second temps, à identifier les patterns d’action communs ou récurrents.  Ces analyses ont permis de dégager cinq (5) macrocomposantes d’intervention favorables au RAT, ainsi que leurs composantes spécifiques pour divers types de travailleurs (manuels ou sédentaires), sans égard aux sites ou aux phases du TMS. Il s’agit de : 1) l’évaluation individuelle du travailleur et de sa situation de travail; 2) la réalisation d’une intervention en milieu de travail en temps opportun (timeliness); 3) la mobilisation d’une grande diversité d’acteurs/systèmes; 4) le partage d’informations et 5) les accommodements (ou adaptations du milieu de travail aux besoins du travailleur). 

Ces constats ont permis de faire émerger plusieurs recommandations d’actions susceptibles d’améliorer l’efficacité des interventions réalisées par les acteurs impliqués dans les programmes de réadaptation. Ces recommandations ont fait l’objet d’un sondage web portant sur leur clarté, leur pertinence, leur utilité, leur exhaustivité et leur faisabilité auprès de 31 utilisateurs potentiels. Les résultats de ce sondage révèlent que les recommandations proposées sont majoritairement considérées comme étant claires, pertinentes, utiles et exhaustives par les participants. Par contre, toutes, à l’exception de celles rattachées à la macrocomposante de l’évaluation, ont été jugées difficiles à mettre en œuvre dans les milieux de pratique.

Pris séparément, les résultats de cette étude sont corroborés par de nombreux écrits scientifiques. Cependant, cette étude est originale en ce qu’elle énonce que ce qui fonctionne repose nécessairement sur une action intersectorielle entre des intervenants de différents secteurs (santé, milieux de travail, assurance), finement coordonnée et nécessitant une forme de leadership partagé entre les acteurs pour atteindre l’objectif de retour au travail. Dans cette perspective, un travail supplémentaire doit être fait pour mieux cerner les conditions permettant le déploiement optimal de cette action intersectorielle.

Rapport complet IRSST 

Chercheur